Ci-dessous, vous trouverez quelques poèmes choisis.

Vingt cinq ans

27 juillet 2007

Ce petit poème pour ton anniversaire
Ma fille qui chérit si maladroitement,
Par ton papa qui n'est jamais ton adversaire
Je t'aime Laëtitia, trésor de sentiment

Un quart de siècle qui ma fille si curieuse
S'étonna que papa fut si souvent absent
Ici et maintenant, que je te vois rieuse,
Ma chair émotionnelle en cela se ressent.

Te souviens tu qu'ils me fixaient tes petits yeux ?
Tu devais te penser c'est lui l'initiateur...
Je te prenais, petite, et tes doux bras soyeux
Ont imprégné mon cœur,pour toi conciliateur

Bel anniversaire, Dame dorénavant
Jeune certes c'est sûr, et je te félicite,
De tes engagements, de tes pas en avant,
Papa pour toi émet ainsi ce plébiscite...

Mon copain le chat (A « Trois Tons »)

1990

Quoi de plus envoûtant qu’un chat dans une pièce ?
Il fait ce qui lui plaît et je le trouve beau,
Tant pis si après lui, ma compagne rapièce,
Un rideau déchiré sans besoin d’escabeau.

D’en haut, ce roi des chéneaux me voit-il petit ?
Mais je connais la stratégie pour ses retours,
J’agite ses croquettes car son appétit,
Bien que comblé auparavant lui joue des tours.

Le chat sourit-il à la vue d’une souris ?
Comme les mâles de mon espèce d’espèce ?
Toi le lecteur de circonstance tu souris,
Et toi liseuse dans ce sens ne dépèce…

Qu’il n’y ait pas d’affolement pour le félin,
Griffes rentrées, les coussinets comme chaussures,
Il attend pour ce jour, sûrement un câlin,
Avant de s’endormir pour quelques heures sûres.

Puis il s’étirera refusant tout remous
Ayant pour seul projet son unique désir.
Des poissons ou du lait, sinon toujours des mous,
Car paraît-il je crois que c’est là son plaisir ???

Servi le chat ira se délecter tout droit
Sans se préoccuper de ma fidélité,
Et j’admets sans tricher, moi qui suis maladroit,
Qu’en ce seigneur gourmand tout est subtilité.

Les chats ont maintes vies à ce qu’il paraîtrait,
En abuser serait un excès, un abus,
Infinitude, mais, qui perdue dans l’abstrait,
Gênerait les élans de ceux qui vont imbus…

Le chat ne se prétend pas exemplaire,
Sans le vouloir, il plait et sait plaire.

La Belle du guichet

9 février 2005

Ayant franchi le seuil en entrant dans l’agence
D’au-delà du guichet la belle me sourit.
Et ne voulant pâtir d’aucune négligence
A son égard c’est sur je sacre cet écrit.

Et quand la guichetière remarquât ce point
J’eus de sa part croyez, de doux et bons égards.
A telle enseigne que pour un petit appoint,
Mon compte se figeât et eut quelques retards.

Et je lui promettais qu’un jour à l’occasion,
Moi je lui offrirai des fleurs et un bouquet.
Aussi me regardant sans nulle dérision,
Elle acquiesça pour nous, et l’instant fut coquet.

Alors restait pour moi de tenir ma parole
Sans tricher, ni mentir et n’être pas radié,
Non de la banque mais de ce beau jeu de rôle,
Pour combler un élan à elle dédié.

Le reste n’appartient qu’au futur composé,
A belle du guichet et moi son serviteur,
Aveu très inspiré, si je n’avais osé,
Jamais en banque j’eus ce bilan créditeur.

Merci du dévouement, subit, instantané,
Que tu manifestas avec tant d’adresse…
Cela je crois nous vaut que tout est destiné,
Pour toi qui déployas ton immense tendresse…

Ayant appris plus tard, par propos cadencés;
Que son prénom portait trois «E» et trois consonnes,
Je me hâtais alors de les voir agencés,
Pour Hélène voulant me dire: «Tu étonnes!...»

L’archer bambin (à Brassens)

1996

A cause d’un archer bambin,
Un archer genre chérubin,
Étonnamment, je fus épris,
Ce potelé m’a bien surpris…

Planqué dans la brume d’un parc
Ils se cachaient lui et son arc,
Un bruissement, un fil qui vibre,
C’en était fini d’être libre…

Le cœur transpercé d’une flèche,
Ravive en vous cette flammèche,
En soufflant sur le feu ardent,
Qui nous rend fou et imprudent…

Cette progéniture ailée
S’enquiert de l’âme esseulée,
Et fort de sa très bonne adresse,
Inocule de la tendresse…

Quand le climat est printanier,
Ce poupon veut tout remanier,
Et les querelles de clocher
Ne gênent jamais cet archer…

Vous volâtes à l’unisson,
Par la cause du nourrisson,
Parfois l’aiguillon envoûtant,
Se broie et l’amour tout autant…

A cœur fendu ce justicier
Ne cesse pas de se soucier…
Il veut justifier l’emploi
Dont il prétend faire la loi.

J’ai su plus tard que ce narquois;
A moitié nu et son carquois,
Eprouvait de la compassion,
Envers ceux privés de passion…

Alors j’attends tranquillement,
Qu’il ravive mon sentiment,
Sans se dédire de mon âme,
Voici le peu que je réclame.

Grand l’enfant

Le sort de chaque petit homme,
Qui grandissant quand part le jeu,
De son enfance va tout comme
Un véritable désaveu.

Et grand l’enfant regardera
Des bambins jouant turbulents,
Les rythmes d’un grand opéra
Dès lors pourront lui sembler lents.

L’enfant que l’envol de l’oiseau,
Dans son essor superlatif ;
Voit le ciel fendu en biseau,
Dedans son œil contemplatif.

Mais grand l’enfant qui étonné ;
En s’esquivant de la marmaille,
Mirera le sol bétonné,
Si gris qu’aucun reflet n’émaille.

L’enfant que le jeu primordial,
Éveille vers la découverte,
En surgira un jour cordial,
Épaté, et la bouche ouverte.

Et grand l’enfant se retournant,
Vers son passé pas si lointain,
Sourira voyant un enfant
Pressé d’être grand c’est certain.

Les 7 péchés capitaux

Fidèle à la flemme jamais il ne s’empresse,
Le cossard dit toujours qu’il n’y a rien à faire,
Le sens de l’effort, ce n’est pas son affaire,
Ce grand fainéant alors, s’adonne à la paresse.

Et quand un vaniteux fort de sa suffisance,
De son air prétentieux ne fera pas le deuil,
Ampoulé de son moi il manquera d’aisance,
Étouffé sous le poids de son immense orgueil.

Si l’on n’abuse pas en faisant bonne chère
C’est un bienfait ainsi, il faut qu’on se le dise,
Mais s’empiffrer, bâfrer, autant qu’un phacochère,
Supplante le plaisir par de la gourmandise.

La chair pour de la chair quand le vice s’ébauche
Rend à l’acte lascif un mélo de mixture,
Dans la lubricité s’exprime la débauche,
L’amour est délogé quand rôde la luxure.

Vénérant son argent, le pingre, le rapiat,
Grignote du pain sec sans vin dans son calice,
Et se meurt à l’idée qu’un soir un galapiat
Lui chipe tout son or figé par l’avarice.

Parfois l’ire surgit dans un emportement ;
Et nous savons qu’elle est mauvaise conseillère,
Signe que le courroux comme comportement,
Se produit de partout et se nomme colère.

Lors qu’il ne se complait en toute circonstance,
Désireux et poussé en sorte de survie,
Le jaloux mire tout avec insistance,
Tant il est tenaillé par sa constante envie.

Ode à Océane

Océane, qui, désirée,
Sous la coupe de deux cœurs,
Ne vint jamais.
Que tu dois m’en vouloir
De n’avoir vu le ciel ;
Et son azur, et ses nuages.
Océane, qui, voulue,
Dans l’hymen
Ne vit le nid…
Que tu dois me maudire,
De n’avoir pu, accompagné,
Te concevoir,
Alors que la tendresse,
T’attendait ici ;
Alors que tes joues rosies
Purent esquisser un sourire,
Un sourire,
En récompense, en don,
Cadeau sublime qui
Dans l’inconnu dort…
Par amour,
En son nom,
Déchiré, rompu,
Je te sais là ;
Et seul,
Je regarde l’océan,
Qui rage,
Écume…
Comme tu me manques,
Tu ne seras née,
Que dans un désir,
Non achevé,
Que dans des mots,
Des mots dits,
Et tu ne viendras pas,
J’attends en vain,
Naïf,
Imbécile,
Mais je te porte,
Tu existes un peu,
Souffle, veux tu,
Un peu de vent,
De l’océan…
Océane…

L’étranger

Qu’il semble étrange l’étranger;
Et ses habits et son bagage,
Va-t-il longtemps nous déranger?
Je vais lui dire qu’il dégage.

Ce monologue dépité
Est émis par des imbéciles
Qui oublient que l’humanité
Grouille de personnes dociles.

Tout à l’opposé du damier,
Où noirs et blancs sont adversaires
Je voudrai qu’il soit coutumier
Que nous soyons tous émissaires.

La connerie est répandue,
Au sud, au nord, et au levant,
Au couchant aussi, elle est due,
Aux réfractaires s’élevant.

A tout le moins il est un plus,
L’étranger et son exotisme,
Ajoutant aux nôtres ses us,
Avec un soupçon d’égotisme.

Et face à l’incapacité
De converser entre voisin
L’autochtone de la cité
Est plus étranger que cousin.

N’est pas étranger qui le croit,
Car marquer trop la différence
En véritable référence.
La voit surgir en tout endroit,

Qu’il est étrange l’indigène
Qui nous accueille, nous invite,
Dans une foule hétérogène
Il s’empresse d’aller plus vite.

Faudrait-il que nous comprenions,
Sans pour autant nous déranger,
Que même lors de nos unions
Chacun ici est étranger.

Le non portrait

Le cul sur une chaise,
Pour m’installer à l’aise,
Sans vous importuner, soyez en assurée,
Et tracer le portrait
De votre bel attrait,
A la plume chargée d’encre non azurée.




Seulement votre absence
A rompu la séance
Du dessin proposé par votre dévoué,
La chaise sans mon cul,
La plume en recul,
Laisseront au tableau un blanc inavoué.




Assis sur une chaise
Lisez cette foutaise;
Et respirez à fond, imaginez la toile,
D’un portrait sans visage,
Annonçant le présage
D’un firmament obscur, sans lune, sans étoile…

La Saint Valentin

Quand quelques amoureux, à la Saint Valentin,
Se réservent le droit d’un peu d’intimité,
Des endroits désertés au fond du Cotentin
Pourraient servir de nid au mini comité.

Ils pourraient tout autant partir sur un voilier,
En haute mer je crois que la navigation
A peu de densité ; et n’a pas de palier
Pour s’offrir à l’insu d’une divulgation.

Tout autant le duo, pour fuir la mégapole,
Se trouver seul à seul, ira dans le grand nord,
Main dans la main, serein, en atteignant le pôle,
Il saura se parer du gel, du froid d’abord.

Pour peu que ces deux là soient plus que fortunés,
Alors ils se paieront un voyage spatial,
Loin de tout grouillement, loin des gens mal lunés,
Un lit d’apesanteur sera là, impartial.

Si j’étais amoureux, à la Saint Valentin ;
Le monde l’apprendrait, j’en ferais un modèle,
Je ne deviendrais pas un genre de pantin,
Au détriment de ce à quoi je suis fidèle.

Égérie

Elle qui m’inspire, qui me respire, m’oxygène,
Sans laquelle j’eus abandonné plus que l’écriture,
Sans laquelle sûrement une douleur pathogène
M’eût laissé choir, tomber, chuter, dans la déconfiture.

Pourra-t-elle se reconnaître dans un songe?
Je mise sur cela et j’en fais le pari,
Mais que la vérité supplante le mensonge,
Et l’eau de s'écouler dans le ruisseau tari.

Son visage modelé dans le fond de ma mémoire
Arrache de ma vue d’éventuelles prétendantes,
Au point qu’une encyclopédie me semble-t un grimoire,
Tant que mes envies à sa volonté sont dépendantes.

Saura-t-elle me rendre un peu de mon entrain?
Je compte sur cela et sans l’ombre d’un doute,
Pour qu’il se racontât, et en un seul quatrain,
Comment s’aimer à deux sans qu’on ne le redoute.

Ma muse, mon modèle, mon égérie, ma source,
Si sans nous voir, nous eussions dû nous croiser simplement ;
Nos deux âmes séparées, affaiblies et sans ressource,
Par le sort, purent dépasser le rêve, amplement.

Ce ne fut pas le cas, et nous nous rencontrâmes,
Tout ce que j’ai vécu, ne te l’ai-je rendu ?
Les forces qui nous font avoir de grandes âmes
S’échangent dans le don, le cadeau et le dû.

Elle qui m’inspira, me respira, m’oxygéna,
Et par laquelle j’eus laissé plus que la poésie,
Sans laquelle je n’eus pu me passer de mécénat
Qui m’eut porté, tendu et élevé vers l’hérésie.

«Forever or never»

Fixons nous rendez-vous aux Jardins des Fontaines,
A la terrasse du café où nous allions;
A quarante ans passés finies les quarantaines,
Nous ne pouvons plus craindre la fosse aux lions.

Refrain:
M’Amour, quand serons-nous tous les deux «forever»?
M’Amour ce serait triste que ce soit «never»!

Et si Victor Hugo a cité la tour Magne
A-t-il anticipé pour tous les amoureux?
Qu’il fait bon de glaner avec sa compagne,
Dans un décor où marchent des cœurs langoureux.

Retrouvons-nous un de ces jours, et comme avant,
Nos rires s’en iront de nos voix salvatrices,
Je ne vois plus dans le passé, je vois devant,
Malgré les ans et les rides révélatrices…

En attendant, c’est cet espoir que tu animes;
Depuis dix ans lors de notre retour d’Espagne,
Je n’ai pas eu le courage d’aller à Nîmes,
Mais aujourd’hui, l’envie de te revoir me gagne.

Fixons-nous rendez-vous aux Jardins des Fontaines,
Le temps vois-tu nous est compté dorénavant,
Ne trouves-tu pas nos fâcheries si lointaines?
Parce que je t’aime je sais que je suis vivant.

Quand le temps s’effiloche

On ne s’avoue que rarement sinon jamais
Tous les torts cumulés, et toutes les erreurs,
Je sais que dans ma vie, fréquemment je pâmais
Pour que se stratifient mes profondes terreurs…

Car regarder dans le miroir des révolus,
Emplis de ces brumes que sont les jours finis,
Que les beaux énoncés arquent les dévolus,
Récompensant le temps en instants infinis.

En traversant l’éther, en s’usant un peu plus,
Bravant les neurones, ça confirme l’usure,
Et les cris étouffés, aux râles en surplus,
Ne se détournant pas à la moindre césure.

Ne nous alarmons pas ! Des souvenirs vivaces,
Empreints de nostalgie, ne peuvent se décrire,
Comme les pitreries, les mimes, les grimaces,
A l’enfance laissés, pour aider à sourire.

Et après l’au-delà, sur le marbre dressé,
Les regrets éternels s’affichent à leur tour,
Ce combat de l’oubli, quand le cœur est pressé,
Pleure sur le passé, en lorgne le contour.

De petites œuvres (Sentimentalement nôtre)

Je t’ai écrit mille poèmes,
En vers classiques et modernes,
Pour que te rappeler les phonèmes,
De ces rimes que tu discernes.

Je t’ai écrit deux cents chansons,
En mode majeur et mineur,
Dans la diversité des sons
Pour que chacune ait sa teneur.

Je t’ai écrit autant de lettres;
Qu’il y a d’encre et de papier;
De plus j’ai osé me permettre
De toutes les recopier.

Je t’ai construit un cabanon,
Dans une forêt montagnarde,
Je l’ai laissé à l’abandon,
Personne n’y monte la garde.

Je t’ai bâti un bungalow,
Flanqué, proche du littoral,
Si tu viens y danser un slow,
J’enserrerai ton pectoral.

Je t’ai élevé un palais,
Qui s’étend à perte de vue,
Il est pour toi si tu voulais,
Passe le donc en revue.

Pari fou

Si tu as eu en main, et d’aventure lu,
L’ouvrage précèdent que j’ai fait édité,
Si tu l’as dévoré d’un appétit goulu,
Je te demande là toute ton acuité.

Je sais que tu voulais que parfois je t’étonne,
Hé bien reconnais le, et sois récompensée,
Tu seras la voyelle, je suis la consonne,
Je serai le cerveau, tu seras la pensée.

En nous réunissant pour l’articulation,
Pour le rassemblement des âmes éperdues,
Nous pourrons réparer la belle relation,
Ces attitudes là ne sont pas défendues.

Je te suggère un lieu, un paradis aviaire,
En sorte de rébus, sorte de jeu de pistes,
En empruntant un peu le réseau ferroviaire,
Pour aller dans un bourg où vivent des trappistes.

Et voulant t’éviter un long déplacement,
Je t’attendrai dans une zone limitrophe
De ton département, dans un emplacement
Bien en vue sur le site autant que cette strophe.

Les moines font un vin pétillant en ce lieu,
Et nous devrons trinquer au nom des retrouvailles,
Attablés sur un banc, séparés au milieu,
Par ce qu’il faut pour sûr de bonnes victuailles.

Lis attentivement, les bribes de message,
Pour éviter en ça, toutes les confusions,
Le chemin le plus long, ne serait pas très sage,
Il en est un plus court afin que nous fusions.

Les routes en lacets, qui montent sinueuses
Vers les monts des prieurs, imposent la prudence,
Aussi confie ton sort aux roues impétueuses,
D’un train qui maintiendra l’allure, la cadence.

Et un bus programmé te prendra ce matin,
Et t’acheminera vers la bonne station,
Moi, je serai présent, et d’un air enfantin,
Nous nous recouvrerons, emplis d’ostentation.

Donc pour ce retour convenons d’un horaire
En précisant le jour et le mois et l’année,
En s’assurant de plus qu’aucun folliculaire,
Nous surprenne tous deux sous sa plume damnée.

Notre Dame des Neiges qui ne nous connaît pas
En premier jour d’été, nous verra s’esbaudir,
J’arborerai pour toi, ce que tu découpas
Au terme du sabbat de Fès et d’Agadir.

En l’an deux mille cinq en finale relance,
Dès le matin de cette journée de mardi,
Le vingt et un juin luira de rutilance,
Sous le soleil zénithal quand il est midi.

La balle dans ton camp se trouve maintenant,
Pénultième prière de l’imploration,
Il se fait tard je pars, et tout en contenant
Mon ultime demande sans modération.

Que tu y sois ou pas, ma peine terminée,
Dans les deux cas j’irai t’attendre d’un pied ferme,
Non venue l’attendue, verra mine minée,
Mais l’attendue venue, verra plaie qui se ferme.

Pour chasser hors de moi l’usante imprégnation
Qui me tenaille qui, m’empêche, m’interdit,
Je bougonne, je rage de l’assignation,
Qui eût fait de nous deux un couple; il se dit!

Ode au sommeil du chat (Dédié à Pablo Neruda)

Quand le chat dort,
Son sommeil m’émerveille,
Il m’inspire, me calme.
Quel est donc ce mystère;
Que ce félin incarne?
Au moindre bruit,
Au moindre son,
Petit froissement,
Petit tremblement,
Il est en alerte.
Ses oreilles radar,
Scrutent les azimuts.
Il identifie,
Interprète et comprend,
Apaisé, tranquillisé,
Rien n’est dérangeant,
Rien qui ne soit hostile;
Il rejoint Morphée,
Il m’inspire me calme.
Il ne dort comme nul autre animal;
En siestes répétées;
Il a compris le chat,
L’intérêt de dormir,
La saveur du rêve,
Le confort du rien faire.
Il m’inspire, me calme.
Entre deux repos,
Il mange, il boit,
Il chasse, il se lave,
S’étire, regarde autour de lui;
Il joue, se dépense,
Après ces activités diverses, s’ensuit;
Le repérage d’un lieu,
Ni trop caché, ni trop voyant,
Pourvu que ce soit douillet,
Et d’un bond élancé, gracieux;
Que ses griffes affûtées soient rentrées;
Il investit l’endroit de son choix.
Endroit qui lui sied.
Il se love, se vautre,
Les pattes avant enfouies.
Un dernier regard entour,
Un œil qui se ferme,
Le lieu est sur,
Les divers bruits, il les connaît,
Et voilà qu’il clignote,
Les oreilles frémissent,
U n dernier pavillon, tendu vers l’infini;
Le chat en boules de poils;
Se rendort comme un sage calmé.
Il m’inspire, me calme.
Ô qu’il est bon de dormir,
Monsieur le chat.

Les ébaubis

Les apparences s’avèrent vraiment trompeuses,
En effet, malgré ma bouille si burinée,
Mes compagnes jolies, suaves, sirupeuses,
Scient les envieux de ma chance entérinée.

Mais un essaim de concurrents
M’a ébranlé sous la coupole
Ils se croyaient déjà parents
Que je perdis le monopole.

Je n’ai pas de conseil, ni de renseignement,
A divulguer, car il faut traiter cas par cas;
Ce désappointement vaut un enseignement,
Pour ne pas couper l’appétit en qu’à d’en cas.

Une nuée de parasites
A secoué mon beau pommier,
Ces aspirants et leurs visites
Ne m’ont laissé que mon plumier.

Je retardais toutes les nymphes, les houris,
Avec mon accent si délocalisé,
Auréolé de gloire sous les hourvaris
Des malins me traitaient de fin civilisé.

Une bande de beaux dragueurs
En embaumant l’après rasage,
Vers ma moitié en vrais blagueurs
Tentaient tous les charmes d’usage.

Il me vint à l’idée d’abriter un sérail
Pareil au gynécée, si proche du harem;
En foule de beautés aux lèvres de corail,
De sculptures chargées d’énergie et de rem.

Et les chipeurs de cœur, pantois,
Alors étonnés et perdus,
Avec moi furent courtois,
La mort dans l’âme, éperdus.

Lune

Lune blanche,
Bleutée,
Laiteuse,

Lune noire;
Rouge,
Criblée,

Lune rousse,

Lune jaune,
Orange,
Martelée,
Parfois ocre,

Lune,

Tes humeurs sont les miennes.

Le parcours du combattu

Il ne voit pas plus loin que le bout de son nez,
L’ingénu qui venant du pays des novices,
Et ne comprenant pas les tares et les vices,
Qu’il côtoie sans les voir, si vous en convenez ?


Il est sourd comme un pot, et aux coups des canons,
Il ne réagit pas et va sur sa lignée,
Il devient malgré lui victime désignée,
Cela à son insu, et nous en convenons.


Il ne sent même pas les combats d’avenir,
Qui l’encerclent malgré toutes les confidences,
Et il est enrhumé lorsque les évidences,
Embaument tout autour, je peux en convenir.


A l’échelon social, il est logé au rez
De chaussée, et pourtant il a de l’ambition,
Mais son statut figé, est une inhibition,
Qui le laisse stagner, et vous en conviendrez.


Et c’est au garde-à-vous, quand sonnent les clairons,
Qu’il se met se met dans les rangs, sans connaître la cause,
Et s’il demande: «Why?», on lui répond: « Because!»;
Voilà l’absurdité, et nous en conviendrons.


La guerre chez les hommes parait interminable,
Rien qui ne justifie les foules de prétextes,
Les richesses du sol, les climats, les contextes,
Les douleurs et les pleurs, n’ont rien de convenable.

Les paliers

Quand l’âge à une valeur unitaire,
L’ignorance fait partie du parcours,
A l’école tu vas suivre des cours,
Pour améliorer ton vocabulaire.


Quand les années franchissent la dizaine,
Quelques acquis gonflent ta connaissance,
Qu’il est bon de rester dans l’insouciance,
Au dessous, au dessus de la quinzaine.


Quand l’acné est finie à la vingtaine,
Ton vrai souci, tes préoccupations,
C’est de s’essouffler à la prétentaine,
En vue d’assurer les générations.


Et les dents aiguisées à la trentaine,
Instruis, plus sur de toi, et mieux armé,
Ne vas pas te pencher à la fontaine,
Tu risques encore d’y être charmé.


Quand tu seras au seuil des quarante ans,
Que ne vienne pas la grande question,
Celle qui coupe court à tes élans,
Dans un bilan de mauvaise gestion.


Après tu deviendras quinquagénaire,
Encore fort, décidé et vaillant;
Tu te diras que la vie ordinaire,
Serait mieux au repos qu’en travaillant.


A l’horizon de tes six fois dix ans,
Qu’un matin la retraite pointera,
Deviendras tu un de ces partisans,
Du bricolage pour bouger tes bras?


Plus avisé en septuagénaire,
Tu pourras dispenser quelque leçon,
Plus concrète que tout l’imaginaire,
A tes cadets portant le caleçon.


Quatre fois vingt te courberont l’échine,
Une canne sera ta suppléante,
Valant plus chère qu’un vase de Chine,
Dans ta main serrée, dans ta main tremblante


Après naîtra un beau nonagénaire,
Qui s’étonnera comme un nourrisson,
Laissant l’issu de son originaire,
Pareil au blé coupé de la moisson.


Dix fois dix, et te voilà centenaire,
L’enfance te retrouvera enfin,
Tu penseras quel extraordinaire,
Chemin il aura fallu pour la fin.

Il est temps

Les horlogers qui régissent le temps devront,
Abandonner les ressorts de la mécanique,
Arrêter le tic tac, provoquer la panique,
Au pendule, au chrono, pour que cesse l’affront.

J’ai entendu qu’il valait mieux tard que jamais,
Que tout vient à point nommé à qui sait attendre,
Je m’impatiente un peu, je le dis désormais,
Avant que je ne parte et sois réduit en cendre.

Pour ce qui est d’attendre vous pouvez me croire,
Je n’ai de cesse de regarder alentour,
En espérant, et vous devinez mon histoire,
Voir surgir quelqu’un qui m’est cher à un détour.

A force de tarder, de retarder encore,
Des cernes orbitaux chiffonnent mon regard,
Mon espoir ne veut pas s’afficher comme un score,
Si ça ce savait je passerais pour vantard.

Il faut laisser le temps au temps selon l’usage,
Moi je n’ai plus le temps, je deviens frénétique,
Rester pantois, collé, figé, je le présage,
Ne résoudra pas mon problème thématique.

Au fil du temps et des printemps passent les ans,
Et les conjugaisons abusent de leurs modes,
Grandir, fleurir, mûrir, flétrir et tout ça dans,
Des notions temporelles vraiment peu commodes.

Les caprices du temps déjouent tous les trajets,
Et non content le temps s’éternise toujours,
Usant, le temps peut interrompre les projets,
Pourtant je continue ma quête tous les jours.

En définitive «Pourquoi se presser et pourquoi courir?
Prenons le temps pour le temps d’un soupir!»

Avec des airs (A Toi)

Le trois mai mille neuf cent quatre vingt dix,
Je l’ai eu face à moi la femme brune,
Plus joli que la belle de Cadix,
Dès lors, je n’ai plus pensé à aucune.


La chanson de Souchon: «Petite fleur…»,
Comme ciment à notre relation;
Nous a vêtu de l’habit de couleur
Tel un amour de première édition.


Sur un air d’Angelo Branduardi,
Nous écoutions : «Va où le vent te mène!»,
L’espace de nos désirs a grandi,
Comme deux acteurs jouant sur la scène.


Et baigné par celle de Clerc: «Je t’aime!»,
Nous étions le centre de l’univers,
Le reste n’était plus qu’un théorème,
Et chacun de nos mots étaient des vers.


Thibaud chantant:«Les uns avec les autres..»,
A signé cette idylle dépensée,
Dorénavant, je songe et me vautre
Les yeux clos dans le noir de la pensée.


Ce trois mai mille neuf cent quatre vingt dix,
J’ai eu avec moi la femme brune,
Plus jolie que la belle de Cadix,
Depuis je ne pense plus à aucune.

Mieux qu’un œil de verre

Pour vos attraits beautés quand vous vous harnachez,
Vous croisez des regards forçant l’admiration ;
Et pour vous décorer vous vous équipez chez
Des marchands d’apparats et sans modération…

Or, vous vous contentez de quelques pacotilles,
Car quand on est jolie on peut porter du toc,
Cependant un amant ignorant ces vétilles
A cœur fendu s’ouvrant accusera l’estoc.

Pourquoi se démunir, vider son compte en banque?
Alors que pour ravir la vue d’un saltimbanque
Vous pourriez vous passer de bimbeloterie…

Croyez je vous en prie que vos yeux pétillants,
Ornés de leurs éclats sont beaucoup plus brillants
Qu’un collier rutilant fait de verroterie…

La Famille

Dans la famille, la fratrie, l’appartenance,
Quand le chacun pour soi et le chacun chez soi,
Signent inamovible cette contenance,
Porter un nom commun ne peut plus faire foi.


La famille se tient pour deux raisons cruciales,
Et les clans se voient-ils, je le dis carrément,
En noceurs et viveurs dans les fêtes nuptiales;
Avec des mouchoirs lors d’un enterrement.


Dans les bonheurs, ça va bon train pour l’accolade,
Sachant pertinemment qu’après la rigolade,
Chacun retournera à ses occupations…


Dans les malheurs, ça va fort dans la confusion,
Sachant avec regrets qu’après cette effusion,
Chacun pleurera seul dans ses lamentations…

La Folie -Complètement sonnet-

Inconsidérément si la folie s’installe,
Doit elle se gausser de mon désagrément?
Ou se moquer de moi si parfois je déballe
Quelques petites âneries, modérément…


In vraisemblablement si la folie m’accoste,
Devrez vous pouffer de ce que cette détresse
M’envahisse tout à coup et prenne son poste
Que nul n’enlèvera, pas même une prêtresse?


Et insensiblement la folie s’usera,
Acculée, sans le choix. Elle fera hara-
Kiri. Car rira bien qui rira le dernier.


Incontestablement la folie dans se torts,
A la raison pliera, malgré tous ses efforts…
Ainsi vaincue, elle devra me renier.

L’intégré désintégré à Morad

Quand il s’en costumait beau comme un coq en pâte,
Le bouc élevé, et plus fier qu’Artaban
Le pli au pantalon, et le col qui épate
Avait-il oublié le burnous, le turban?


L’excès illimité d’un personnage entier;
En noblesse de cœur, en furie raisonnable
M’a inspiré d’aller emprunter son sentier,
Sans préoccupation du grand et du minable.


Il amenait partout la fête, la nouba,
Tant que son entourage interloqué, baba,
Pouvait s’émerveiller de sa jovialité.


Insoumis, libéré des fortes injonctions
Aux bons conseils d’amis, refusant la jonction,
Dissolu, il partit dans l’irréalité…

Nature morte

Au milieu des iris et des blanches jonquilles;
L’Artiste qui peignait de son coup de pinceau,
Inscrivit quelques joncs montés sur des béquilles,
De chardons menaçants dominant en arceau.


Et sur le guéridon hors du pot, une pomme,
Un fruit inattendu à l’attrait comestible,
Ajouté au décor par la main de cet homme,
Et de donner un goût vraiment irrésistible.


Les couleurs emmêlées offrent cette merveille,
Que l’œil de l’artisan attentif réveille,
Et le soleil discret, par l’ombre nuança …


La palette posée, le chevalet plié,
La toile terminée, le peintre a supplié …
Que la nature n’est pas si morte que ça.

Hommage au métier

1988

Poème

Musique (petit acrostiche)

13 octobre 2004

Poème